Les Desmidiées planctoniques
Posté : 21 déc. 2025 00:42
Les Desmidiées planctoniques
Ces algues microscopiques vivent dans la colonne d’eau des mares, étangs et lacs. Sans surfaces solides avec lesquelles interagir, les algues planctoniques doivent se maintenir dans la colonne d'eau ce qui conduit à des adaptations spécifiques afin d’échapper à la sédimentation gravitaire.
Remarque : certains auteurs algologues parlent d’organismes euplanctoniques (planctoniques vrais) et tychoplanctoniques. Ces derniers sont alors considérés comme « plancton accidentel »
Définitions et étymologies :
Plancton : du grec πλανκτός soit planktós en graphies latines et qui signifie « errant, instable ». On ne peut être plus clair.
Tychoplancton : du grec τυχον soit , tychon « accident, hasard ». C’est limpide comme une colonne d’eau propre.
Il s’agit d’organismes benthiques ou attachés aux macrophytes immergés et transportés dans le plancton par des perturbations de leur habitat : turbulence lors d’un prélèvement, action du courant ou un quelconque dérangement du substrat avec entraînement ultérieur vers la colonne d'eau.
Voici quelques solutions adaptatives dans le cas général des organismes du zooplancton ou du phytoplancton :
1 - Plus un organisme est petit et plus son rapport surface/volume (S/V) est grand car la surface décroît moins vite que le volume. En effet, lorsqu'une forme planctonique chute dans l'eau, la force qui l'entraîne vers le bas est proportionnelle à sa masse donc à son volume à densité constante tandis que la résistance due aux frottements de l'eau est proportionnelle à sa surface. Une espèce avec un rapport S/V élevé chutera donc plus lentement qu'une particule avec un rapport S/V faible. Donc plus un organisme du plancton est petit, plus S/V est grand et plus sa sédimentation sera ralentie.
2 - Une autre solution pour augmenter le rapport S/V consiste à se munir de longues épines, d’appendices variés et étalés.
3 – L’algue ou l’animal pourra aussi adopter une forme très allongée.
4 - … ou avoir une forme aplatie augmentant les frictions avec l’eau.
5 – enfin, certains organismes peuvent diminuer leur densité en se dotant de flotteurs remplis de gaz ou de lipides.
Ce que l’on observe chez les Desmidiées euplanctoniques :
1 - Les Desmidiées planctoniques font partie de la classe granulométrique du microplancton (retenues par des mailles de filets de 20 à 200 µm). Leur taille est donc tout à fait compatible avec une persistance dans la colonne d’eau.
2 – Les longues épines ou processus s’observent chez de nombreuses espèces dans les genres Staurodesmus et Staurastrum dont certaines sont bien qualifiées d’euplanctoniques par les auteurs. Selon COESEL & MEESTERS, 2023 « … Staurastrum and Staurodesmus are particulary well-known for their occurrence in the euplankton ». Ces formes se caractérisent en effet assez fréquemment par des processus longs et étalés.
Quelques espèces de Xanthidium sont également ornées de tels appareils mais il n’est pas noté d’espèces véritablement planctoniques pour le genre.
3 – Des formes très allongées se voient chez quelques Closterium euplanctoniques :
4 – Les Micrasterias montrent des cellules larges et aplaties mais les différents auteurs les considèrent plutôt comme des algues benthiques ou périphytiques.
On peut cependant remarquer que ce Micrasterias (ci-dessous) possède tous les attributs nécessaires au maintien prolongé dans la colonne d’eau (aplatissement et longs prolongements cellulaires) :
5 – Enfin, il n’existe pas d’organites favorisant la flottaison chez les Desmidiées comme chez quelques Cyanobactéries (les pseudovacuoles gazeuses de certains Microcystis par exemple). Notons que les vacuoles apicales des Closterium contiennent des cristaux de sulfate de Baryum qui est un métal lourd, leurs parois cellulaires accumulent parfois des sels de Fer. Cela ne favorise guère l’allègement et la vie planctonique.
NDLR :
Ami (e) Naturaliste ne te méprends pas de ce modeste discours. Il n’y a aucun ‘Dessein Intelligent’ dans l’apparition de ces caractères adaptatifs à la vie planctonique. Comme l’écrivait brillamment Jacques MONOD en son temps, c’est le fruit du hasard (modification aléatoire du génome, donc du phénotype) et de la nécessité (ici, le crible puissant* de la sélection naturelle)
* Puissant en effet : les Desmidiées sont anciennes. Paleoclosterium leptum décrit par BASCHNAGEL, date du Dévonien moyen (- 380 MA). C’est le plus ancien fossile connu pour les Zygnématophycées.
A raison de plusieurs générations annuelles, il y a eu d’innombrables possibilités de modifications structurelles chez ces végétaux.
Sources :
R.A. BASCHNAGEL, 1966 : New fossil algae from the middle Devonian of New-York. Transactions American Microscopical Society 85 (2)
J. MONOD, 1970 : Le hasard et la nécessité. éd. du Seuil, coll. « Points » - excellent petit essai, que l’on peut lire et relire. C’est délectable.
DIGICODES : le site créé par Alfred Van GEEST † : http://www.vangeest.com/index.html
GUIRY, M.D. & GUIRY, G.M. 2025 : AlgaeBase. World-wide electronic publication. National University of Ireland, Galway
Ces algues microscopiques vivent dans la colonne d’eau des mares, étangs et lacs. Sans surfaces solides avec lesquelles interagir, les algues planctoniques doivent se maintenir dans la colonne d'eau ce qui conduit à des adaptations spécifiques afin d’échapper à la sédimentation gravitaire.
Remarque : certains auteurs algologues parlent d’organismes euplanctoniques (planctoniques vrais) et tychoplanctoniques. Ces derniers sont alors considérés comme « plancton accidentel »
Définitions et étymologies :
Plancton : du grec πλανκτός soit planktós en graphies latines et qui signifie « errant, instable ». On ne peut être plus clair.
Tychoplancton : du grec τυχον soit , tychon « accident, hasard ». C’est limpide comme une colonne d’eau propre.
Il s’agit d’organismes benthiques ou attachés aux macrophytes immergés et transportés dans le plancton par des perturbations de leur habitat : turbulence lors d’un prélèvement, action du courant ou un quelconque dérangement du substrat avec entraînement ultérieur vers la colonne d'eau.
Voici quelques solutions adaptatives dans le cas général des organismes du zooplancton ou du phytoplancton :
1 - Plus un organisme est petit et plus son rapport surface/volume (S/V) est grand car la surface décroît moins vite que le volume. En effet, lorsqu'une forme planctonique chute dans l'eau, la force qui l'entraîne vers le bas est proportionnelle à sa masse donc à son volume à densité constante tandis que la résistance due aux frottements de l'eau est proportionnelle à sa surface. Une espèce avec un rapport S/V élevé chutera donc plus lentement qu'une particule avec un rapport S/V faible. Donc plus un organisme du plancton est petit, plus S/V est grand et plus sa sédimentation sera ralentie.
2 - Une autre solution pour augmenter le rapport S/V consiste à se munir de longues épines, d’appendices variés et étalés.
3 – L’algue ou l’animal pourra aussi adopter une forme très allongée.
4 - … ou avoir une forme aplatie augmentant les frictions avec l’eau.
5 – enfin, certains organismes peuvent diminuer leur densité en se dotant de flotteurs remplis de gaz ou de lipides.
Ce que l’on observe chez les Desmidiées euplanctoniques :
1 - Les Desmidiées planctoniques font partie de la classe granulométrique du microplancton (retenues par des mailles de filets de 20 à 200 µm). Leur taille est donc tout à fait compatible avec une persistance dans la colonne d’eau.
2 – Les longues épines ou processus s’observent chez de nombreuses espèces dans les genres Staurodesmus et Staurastrum dont certaines sont bien qualifiées d’euplanctoniques par les auteurs. Selon COESEL & MEESTERS, 2023 « … Staurastrum and Staurodesmus are particulary well-known for their occurrence in the euplankton ». Ces formes se caractérisent en effet assez fréquemment par des processus longs et étalés.
Quelques espèces de Xanthidium sont également ornées de tels appareils mais il n’est pas noté d’espèces véritablement planctoniques pour le genre.
3 – Des formes très allongées se voient chez quelques Closterium euplanctoniques :
4 – Les Micrasterias montrent des cellules larges et aplaties mais les différents auteurs les considèrent plutôt comme des algues benthiques ou périphytiques.
On peut cependant remarquer que ce Micrasterias (ci-dessous) possède tous les attributs nécessaires au maintien prolongé dans la colonne d’eau (aplatissement et longs prolongements cellulaires) :
5 – Enfin, il n’existe pas d’organites favorisant la flottaison chez les Desmidiées comme chez quelques Cyanobactéries (les pseudovacuoles gazeuses de certains Microcystis par exemple). Notons que les vacuoles apicales des Closterium contiennent des cristaux de sulfate de Baryum qui est un métal lourd, leurs parois cellulaires accumulent parfois des sels de Fer. Cela ne favorise guère l’allègement et la vie planctonique.
NDLR :
Ami (e) Naturaliste ne te méprends pas de ce modeste discours. Il n’y a aucun ‘Dessein Intelligent’ dans l’apparition de ces caractères adaptatifs à la vie planctonique. Comme l’écrivait brillamment Jacques MONOD en son temps, c’est le fruit du hasard (modification aléatoire du génome, donc du phénotype) et de la nécessité (ici, le crible puissant* de la sélection naturelle)
* Puissant en effet : les Desmidiées sont anciennes. Paleoclosterium leptum décrit par BASCHNAGEL, date du Dévonien moyen (- 380 MA). C’est le plus ancien fossile connu pour les Zygnématophycées.
A raison de plusieurs générations annuelles, il y a eu d’innombrables possibilités de modifications structurelles chez ces végétaux.
Sources :
R.A. BASCHNAGEL, 1966 : New fossil algae from the middle Devonian of New-York. Transactions American Microscopical Society 85 (2)
J. MONOD, 1970 : Le hasard et la nécessité. éd. du Seuil, coll. « Points » - excellent petit essai, que l’on peut lire et relire. C’est délectable.
DIGICODES : le site créé par Alfred Van GEEST † : http://www.vangeest.com/index.html
GUIRY, M.D. & GUIRY, G.M. 2025 : AlgaeBase. World-wide electronic publication. National University of Ireland, Galway