Page 1 sur 1

Sauver Willy ! (ou la rénovation de lames histologiques)

Posté : 20 févr. 2013 19:35
par Lionel
Bonjour,

J'ai quelques boites de lames microscopiques en mauvais état et j'aimerais les rénover. Elles ont pour certaines un aspect "collection historiques" mais pas toutes, mais sont pour certaines (les mal luttées a priori) illisibles et en très mauvais état. Je n'y connais rien en rénovation de lames, mais un simple nettoyage ne suffit pas. Je pense qu'au stade où elles sont, le mieux serait de les démonter pour les remonter. Mais techniquement ca reste compliqué et ne sais pas vraiment comment faire. Donc, je cherche des conseils, idées,... et si certains ont l'expérience de ce genre de choses, je suis preneur, sachant qu'il y a l'aspect technique de la rénovation, mais aussi parfois un aspect historique.

Je vous mets deux photos pour vous donner une idée de l'état des lames.
RenovationLames1.JPG
RenovationLames1.JPG (130.47 Kio) Vu 3436 fois
RenovationLames2.JPG
RenovationLames2.JPG (87.35 Kio) Vu 3431 fois

Re: Sauver Willy ! (ou la rénovation de lames histologiques)

Posté : 20 févr. 2013 19:50
par Fredlab
Hello

Super initiative que ce topic.
Je vais le suivre avec intérêt.

8-)

Re: Sauver Willy ! (ou la rénovation de lames histologiques)

Posté : 20 févr. 2013 19:55
par Maraussan
Bonsoir,
c'est tout à fait possible, celà fut fait à grande échelle dans certains labos en charge de la restauration de collections.
Mais c'est long, délicat, avec souvent un pourcentage de pertes relativement élevé, du fait de démembrages partiels ou totaux des spécimens. Ce pourcentage dépends - des espèces - de la nature des fixatifs - de la nature des éclaircissants - des milieux de montages utilisés précédemment. On pourrait ecrire tout un chapitre sur cette question. ***

Il est nécessaire de re-fluidifier la résine de montage (naturelle type Baume du Canada, ou artificielle type Coumarone, en faveur dans les années 1920 comme le montre une de tes étiquettes) avec du Xyol ou du Toluène (toxiques), au trempé, ou mieux des solvants histologiques de substitution (HistoClear, HistoSolve, RotiClear etc...) durant "un certain temps", sans précipitation.

Puis faire pivoter (ne pas soulever) la lamelle, avec une pointe. C'est le moment ou le spécimen monté peut partir en poussières...
Puis changer de médium, utiliser l'Eukitt par exemple (j'ai plus de 40 ans de recul avec ce milieu) ou un autre selon l'indice optique désiré (Eukitt plafonne vers les 1.32 de mémoire me semble-t-il). Le Baume à ses partisans, et c'est tout à fait justifié (milieu REVERSIBLE).

En fait, il est indispensable de se faire la main, et des tours de mains...


*** j'en rajoute une couche : le MNHN avait tenté en son temps de faire modifier certaines pratiques enseignées par un "expert" du nom de Langeron. Peine perdue, le sieur était au dessus de tout cela.

En un mot : éviter pour les collections de référence (plus de 100 ans visé) d'utiliser les fixateurs contenants de l'alcool méthylique, ou du formol (utiliser le liquide d'Oudemans, ou de Pavési. Le dernier est mon préféré, c'est un fixateur, antiseptique bactérien et virucide, antifongique, nettoyant des sucres et résines...).
L'acide lactique, à la longue, désarticule les spécimens. Base des Lactophénol, choralphénols ...

Re: Sauver Willy ! (ou la rénovation de lames histologiques)

Posté : 20 févr. 2013 21:57
par Lionel
Merci pour ta réponse qui entraîne des questions de ma part :)

En effet, j'avais oublié de préciser que beaucoup de lames sont montés en baume du canada, mais pas toutes, et la.. c'est galère pour savoir...

Concernant les risques d'arrachement lors du décollage des lamelles, j'avais un peu anticipé, mes premiers essais ont été fait sur des lames de nématodes communs sans aucun caractère de collection historique, juste de très vieilles lames toutes pourries :) Je pense qu'il y a moins de risques d'abimer un nématodes qu'un arthropode, le risque majeur étant de le casser en deux je pense.

Mes premiers essais avaient consisté à déjà décoller soigneusement les étiquettes originales (pour pouvoir les remettre ensuite :) ), de bien sûr noter toute inscriptions sur la lame et ensuite de la plonger dans du toluène. Je retrouverais mes notes au labo sur le temps de trempage, mais a priori ça n'avait fait qu'enlever le lut (vernis à ongles ou assimilé si mes souvenirs sont bons), et d'attaquer le baume du canada autour sur.. 1 à 2 mm pas plus sans aucun ramollissement du mélange... bref, ça ne m’avançait pas trop.

Si tu as des infos plus précises sur les techniques dont tu parles qui on été utilisées, ça m'intéresserais grandement, ou même le nom (en MP si nécessaire) d'une personne qui saurait encore faire ça pour que je puisse discuter avec lui.

Concernant le montage, je suis passé au Leukitt après en avoir pas mal discuté avec les anatomo-pathologistes qui connaissent bien ce produit.

Je n'ai pas bien compris la fin de ton message par contre:
éviter pour les collections de référence (plus de 100 ans visé) d'utiliser les fixateurs contenants de l'alcool méthylique, ou du formol (utiliser le liquide d'Oudemans, ou de Pavési. Le dernier est mon préféré, c'est un fixateur, antiseptique bactérien et virucide, antifongique, nettoyant des sucres et résines...).
L'acide lactique, à la longue, désarticule les spécimens. Base des Lactophénol, choralphénols ...
Pourquoi utiliser un fixateur ensuite sur une rénovation ? avant remontage ?? si c'est sec, j'aurais eu juste tendance à repasser en alcool pour être sûr de la déshydratation, puis remonter et lutter ? (mais comme j'en étais pas encore à ce stade...).

Re: Sauver Willy ! (ou la rénovation de lames histologiques)

Posté : 20 févr. 2013 23:04
par Maraussan
Mon message final n'est pas destiné à ceux qui remonte une collection après avoir changé de milieu de montage, mais sensibiliser ceux qui désireraient constituer une collection pérenne. Soyons clair, il est plus simple de prévenir que de guerrir.
Si, lors d'un remontage d'un spécimen ancien, mal monté (cela existe, la phase de pré-imprégnation solvant/résine ayant été quasi systématiquement négligée lors de la constitution d'anciennes collections fixées au formol) le spécimen se délite en particules infinies, il est inutile d'incriminer l'opérateur de la restauration : l'accident fatal était programmé.

Temps d'imprégnation : dépendant du milieu, et sans limite. On procède au trempé, les bains sont thermostatés si possible (ça aide ...), montée en température très progressive jusqu'à 30°C. Pas plus... jusqu'à ce que la lamelle puisse bouger sans AUCUNE résistance.

Re: Sauver Willy ! (ou la rénovation de lames histologiques)

Posté : 21 févr. 2013 20:06
par Maraussan
Si tu as des infos plus précises sur les techniques dont tu parles qui on été utilisées, ça m'intéresserais grandement, ou même le nom (en MP si nécessaire) d'une personne qui saurait encore faire ça pour que je puisse discuter avec lui.

Hélas, le restaurateur de la collection (Nouvelle Zélande) est décédé il y a déjà 6 ans.
Mais soyons clair, il n'y a pas de secret : température modérée, et lente infiltration des solvants (l'Histo-Clear ou similaire issu de la distillation des peaux d'oranges était utilisé en remplacement du Xylène). Le dichlorométhane était testé comme additif à cette époque. Je ne me rappelel plus du bilan d'efficacité.

Il faut dans tous les cas attendre la totale imprégnation de la résine par solvant, et sa quasi dissolution. La lamelle DOIT se mouvoir sur un liquide, pas une pâte visqueuse. ATTENDRE, c'est là la principale difficulté de la plupart des opérateurs...

Si ce protocole est respecté, je peux témoigner que le succès est au rendez-vous.
Reste que cela s'applique avec plus ou moins de bonheur, en fonction de la nature des spécimens, et leur préparation initiale.