André a écrit :
Trouves tu normal que l'on utilise ces produits avant d'en avoir testé tous les effets secondaires ?
Voilà précisément une remarque qui montre à l'évidence que tu n'es pas du tout informé de la manière dont se passe homologation des produits phytosanitaires, homologation dont sont d'ailleurs exclus si je ne me trompe, beaucoup de produits qui sont aujourd'hui montrés du doigt: prothèses silicones, bisphénol-A, etc....
Donc je repends ma plume pour expliquer (sans rogne svp) comment les choses se passaient AVANT L ARRIVEE DES NEONICOTINOIDES!
Une firme agrochimiques synthétise chaque années PLUSIEURS DIZAINES DE MILLIERS DE MOLECULES qui n'ont JAMAIS EXISTEES! ça, il faut le savoir, cela s'appelle la chimie de synthèse, réalisée dans des labos, lesquels fabriquent quelques grammes d'une nouvelle molécule. Dans les années 80 (excusez moi de parler d'un passé que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, mais je n'ai pas d'expérience plus récente et je crois que le principe n'a pas vraiment changé depuis.)
Ces quelques grammes sont soumis à des batteries de test destinés à savoir quelles seront les propriétés intéressantes de cette molécule X (colorant, désherbant, colle, stabilisant, cosmétique...) c'est le "screening primaire") La toxicologie fait partie de ces tests et après l'émergence puis le retrait de produits très intéressants mais super toxiques, (parquat par exemple) les tests toxicos ont été renforcés et considérés comme déterminants pourquoi? tout simplement parce que la mise au point d'un produit phytosanitaire est long (10 à 12 ans) et très coûteux quel qu'il soit ! Alors A quoi bon prendre un risque de rejet en fin de testes si on sait que ce produit sera écarté en raison de sa toxicité létale ou rémanente!
La suite comprend des essais en serre, en plein champ en station privée puis dans des station publiques INRA, instituts techniques entreprises privées d'évaluation.. dans quel but? celui de monter un dossier technique qui servira à la demande homologation (ou autorisation provisoire de vente)
Même chose au niveau toxicologique '@André !) dans le but d'argumenter les effets toxicologiques acceptables ou pas ou l'absence d'effets! Ce dossier était présenté à partir des données fournies par le demandeur, issues de ses propres recherches ou pas, devant un comité des toxiques constitués de spécialistes.
L'autorisation provisoire de vente était accordée en tenant compte de tous ces résultats par le comité de même nom!
Cette procédure a plutôt bien marché et n'a pas laissé passer d'une manière flagrante des "loupés" retentissants! Il y a eu des retraits de produits reconnus dangereux plus tard, Il y a eu des produits très toxiques à l'époque où ce critère n'était pas le plus déterminant (esthers phosphoriques entre autres) comme il
y a eu des "trous dans le système" notamment concernant les effets secondaires contre l'environnement, les résidus, les pollutions des nappes souterraines etc...tot simplement PARCE QUE CE N ETAIT PAS DANS L ESPRIT DES PAYSANS, DES SCIENTIFIQUES ET ENCORE MOINS DU GRAND PUBLIC !!!
Donc ces procédures ont évolué depuis, avec un durcissement des conditions d'autorisation: prise en compte des effets toxiques sur la faune auxiliaire, les milieux aquatiques, les pollinisateurs.... ce qui a conduit au retrait de formules trop dangereuses. Et aussi par une baisse de la proportion de formules éligibles (1 sur 10 000 à 1 sur 30 ou 50 000 ) donc une augmentation du coût des produits intéressants parce que plus rares, plus longs à découvrir et à faire homologuer.
Autre conséquence: parallèlement à l'amélioration de l'efficacité des produits phyto, augmentation des prix des formules commerciales, des investissements de recherches et au final, concentration MONDIALE des opérateurs dont il n'en reste moins d'une dizaine au niveau mondial alors qu'il y en avait 2 à trois fois plus 30 ans au paravent.
Voilà pour l'histoire!
Pourquoi les néonicotinoïdes sont passés à travers?
Parce que cette famille chimique a des propriétés particulières : actif à des doses extrêmement faibles avec probablement des interactions peu courantes, systémiques (ils pénètrent dans la plante et sont véhiculés par la sève) et surtout TRÈS RÉMANENTS (plusieurs mois) ce qui renforce leur efficacité mais aussi leur impact parallèle sur le devenir de la plante, de ses organes (graines pollen, feuillage....et bien sûr les effets toxiques à long terme sur la faune auxiliaire et les butineuses. Ces trois propriétés cumulées sur un même produit, c'est l'équivalent du mariage des bombes à fragmentation avec des ogives nucléaires!
Donc les protocoles d'évaluations de ces substances étaient INAPPROPRIÉS voir même dangereusement INAPPROPRIÉS puisqu'ils n'ont pas permis de déceler les effets toxiques aux dose sublétales et c'est cela qu'il faut dénoncer en premier lieu .
En second lieu, le contrôle des données des firmes, révèlent des failles "par omission"! Donc gros point faible à ce niveau! Rien n'est parfait, mais si, dès le départ de l'émergence d'impacts suspects sur les abeilles, l'autorité avait réellement fait son travail, nous n'en serions pas là!
Il y a des insuffisances, voir des mensonges (par omission ou pas) de la part des demandeurs, mais aussi des fautes de la part de ceux qui auraient dû décoder la suspicion de ces substances! Les prothèses PIP ou le MEDIATOR ou le SANG CONTAMINE!! C'EST LA MEME CHOSE!!! Nous sommes exactement dans le même cas de figure! On peut accuser le lobbying, c'est une pratique à mon sens qui s'assimile à de la CORRUPTION mais il y a aussi ceux qui se laissent corrompre et sont encore plus condamnables! (voir aujourd'hui les hommes politiques qui se pavanent avec une indécence non dissimulée à une invitation des cigarettiers à participer à un repas à 10 000 € la place! C'est plus acceptable?)
Pourquoi les firmes se battent avec un tel acharnement? Tous simplement parce que (honnêtement ou pas, c'est la même chose) les conséquences se chiffrent en milliards d'euros! Non pas de bénéfice comme le disent toujours les plus cons du quartier mais parce qu'un produit phytosanitaire représente un investissement colossal sur 10 à 15 ans et ne s'amortit que sur quelques années! (celles qui reste à courir avant la fin de la validité du brevet: 20 ans - le nombres d'années entre le dépôt et l'autorisation de mise en marché.
Je ne crois pas prendre pas la défense des firmes phytosanitaires et encore moins plaider pour le maintien de la situation actuelle, je ne fais que vous apporter un autre éclairage que celui que peut vous donner votre quotidien préféré, mais au moins essayer d'assimiler les informations qui vous permettent de mieux comprendre avant de juger!
Et maintenant pourquoi les paysans défendent aussi les mêmes positions que BAYER et les autres firmes???
Tous simplement parce que les néonicotinoïdes sont à l'heure actuelle les seules formules qui apportaient une protection très efficace contre certains parasites! En dehors des organo-chlorés qui sont également interdits. Donc à partir de 2014, les producteurs de tournesol n'auront aucun solution pour se protéger contre les taupins par exemple! perte de rendement, perte de revenus, et à la clé si tout se passe mal: importation de tournesols traités au REGENT en dehors de l'UE§ Pourquoi pas!
J'attends celui qui leur lancera la première pierre!
Merci de m'avoir lu jusqu'ici.