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Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 16:38
par baguette
BelialL a écrit :Ce n'est pas pour rien que la philosophie fait partie des sciences humaines.
Faudrait peut être aussi se mettre d'accord sur le mot science !
BelialL a écrit :Ce n'est pas pour rien que la philosophie fait partie des sciences humaines.
Les différents auteurs cités par Alain proposent des interprétations, des visions de l'homme et du monde, en aucun cas ceux-ci ont affirmé détenir la vérité... en aucun cas leur propos ont quoi que ce soit de dogmatique.
Ben voyons, il est évident que Bernard Henry Levy s'interroge beaucoup quand à SA conception du monde, c'est aussi le cas d'Aristote (qui a miné tout le moyen-âge) de Rousseau (bonjour la bonté naturelle de l'homme déclarée ex nihilo) !
BelialL a écrit :Mais tout comme pour les sciences exactes, la philo se base sur l'observation, l'interprétation et la mise à l'épreuve des hypothèses.
Ben voyons, et tout article de philosophie avant d'être publié passe en "peer review" je suppose, et les thèses philosophiques sont par définition falsifiables ?
BelialL a écrit :Et j'ai d'ailleurs envie de dire - en pensant à Socrate - que le doute était présent en philo avant de l'être en sciences exactes.
Pendant combien de temps a-t-on pensé que a Terre était plate ?
Ben pas depuis longtemps, Erathosthène la disait déjà ronde et avait mesuré son diamètre 200 ans avant notre ère, Anaxagore de Clazomène enseignait déjà sa rotondité 500 ans avant notre ère, il a fallu le boulot des philosophes obscurantistes pour nous renvoyer dans les limbes de la connaissance pendant plus de 1500 ans et nous faire croire à sa platitude et au géocentrisme. Bref quand on pose la question : "Pendant combien de temps a-t-on pensé que a Terre était plate ?", moi je pose la question ... la faute à qui ?

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 16:51
par Christian
Tiens ? Alain se met à philosopher ... :D
Jette un oeil quand même à l'article que je proposais (Futura-sciences) ...

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 17:34
par baguette
Mais Christian, je n'ai rien contre Karl Popper, ni contre Thibaud Damour ni contre Lee Smolin (cordes et LQG), simplement il ne faut pas confondre les genres. Tu aurais pu citer Alain Connes aussi et sa géométrie non commutative dans le cadre de la grande réunification. Certes ces gens philosophent, mais dans le cadre de leurs travaux, c'est d'abord et avant tout de la physique et des maths pures et dures.
Faudrait quand même arrêter de mêler allègrement les philosophes grecs (qui étaient les scientifiques de leur temps) et les philosophes d'aujourd'hui ? Que la mathématique soit fille de la philosophie ainsi que la physique, d'accord ; mais cela fait quand même pas mal de temps que le divorce est consommé.
Que la philosophie (je reviens à ton article) pose un questionnement, je ne le nie pas, qu'elle ait la prétention d'y répondre (particulièrement en quantique) m'apparaît absurde.
On ne fait pas de philosophie en maths, quand Perelman fait la démo de la conjecture de Poincarré, je peux te jurer que cela n'a franchement rien de philosophique.
Que l'on fasse de la philosophie des maths, je n'ai rien contre, mais cela n'a rien d'une démonstration mathématique.

Alors je reviens sur le(s) critère(s) de ce qu'est une science. Parler de science philosophique me semble une absurdité.

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 18:03
par Christian
Re Alain,
Admettre que les philosophes sont les ancêtres de ta profession me réjouis !
L'histoire humaine me passionne autant que l'histoire naturelle, quoi de plus normal que d'y intégrer une partie philosophique. Les questionnements des uns et des autres, font je pense toute la richesse humaine.
Je ne pense pas que les philosophes d'aujourd'hui se permettent de remette en cause les travaux scientifiques, en revanche ils mettent parfois en critique les argumentations et les applications. C'est leur travail de "douteur" ! ;)

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 18:27
par PierreM
Bonsoir
baguette a écrit :...
Ben voyons, et tout article de philosophie avant d'être publié passe en "peer review" je suppose, et les thèses philosophiques sont par définition falsifiables ?
A part le choix du terme on ne peut qu'être d'accord. Du moins si on suit Popper.

L'article "réfutabilité de Wikipédia est intéressant :
La réfutabilité (aussi appelée à ses débuts par le recours d'un faux-ami falsifiabilité) est un concept important de l'épistémologie. Une affirmation est dite réfutable s'il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui, si elle était positive, entrerait en contradiction avec cette affirmation.
...
Une proposition réfutable est réputée être une hypothèse scientifique. Si elle est réfutée elle cesse d'être valide.
En revanche, une proposition non réfutable (irréfutable au sens logique) est catégorisée comme méta-physique (ce qui ne signifie pas qu'elle est illégitime).
Voir aussi la partie discussion où on constate avec effarement que pour certains, "réfutable" signifie "non scientifique" en vertu du principe : démontré = scientique ==> non réfutable.

Amicalement

Pierre M.

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 19:21
par Christian
Alors pour soutenir Kévin, j'ajouterai cet extrait à propos des sciences humaines:

Les sciences humaines, autrefois appelées sciences de l’esprit, ou sciences morales, désignent l’histoire, la linguistique, la sociologie, la psychologie, l’économie politique, l’ethnologie etc. Par commodité, on y rattache dans l’enseignement universitaire la philosophie. Comme pour ce qui concerne les sciences de la Nature, les sciences humaines tentent elles aussi de comprendre la diversité des phénomènes humains.

Elles portent elles aussi chacune sur une forme spécifique d’existence (existence historique, existence sociale, existence psychologique etc.) et sur un ordre spécifique de faits (faits sociologiques, faits historiques, faits psychologiques, observations anthropologiques, observations sur l’usage des langues, sur les phénomènes économiques etc.). Mettons par exemple les statistiques du suicide pendant une période donnée pour le sociologue, le dépouillement des archives de la police de la Stasi pour l’historien de l’histoire contemporaine, les comportements compulsifs pour le psychologue, l’étude des tribus vivants dans la jungle de l’Amazonie, le langage des esquimaux, les statistiques économiques etc.


Source : Science et philosophie > http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/sciencephilo.htm
Si vous avez le temps et l'énergie de lire l'article complet, cela en vaut la peine ! ;)

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 20:43
par Eddy
Bonsoir le forum,

Je lis cette discussion avec intérêt, presque depuis son début (j'ai manqué les premières interventions). Il faut reconnaître que les philosophes ont à disposition un outil formidable, la philosophie, capable de produire des énoncés sur lui-même. Ainsi, quand ils se demandent ce qu'est la philosophie, les philosophes sont déjà en train de philosopher. Avec les sciences dures, qu'il s'agisse des maths, de physique, de chimie ou de biologie, c'est très différent. Se demander ce qu'est la biologie, par exemple, ce n'est en aucun cas faire de la biologie.

Quelle conséquence ?

J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire dans d'autres fils de discussions, il n'y a rien à attendre des sciences pour répondre à des questions telles que "faut-il sauver le panda ?", "l'agriculture a-t-elle besoin des OGM ?" ou encore "faut-il réduire notre consommation d'énergies fossiles ?". Toutes ces questions ont une portée morale, philosophique qui déborde du cadre strictement scientifique. Par exemple, la biologie enseigne ce que sont les OGM, comment en produire, comment évaluer leur toxicité sur un modèle animal, etc. mais elle ne dit rien sur la pertinence de leur utilisation dans le contexte socio-économique actuel.

On a besoin d'une réflexion à un niveau plus général, qui nous permette de manipuler des concepts non scientifiques pour mieux "apprivoiser" les avancées et en tenir compte dans nos choix de société. C'est là qu'intervient la philosophie. Malheureusement, la situation actuelle est préoccupante parce que nous manquons de philosophes des sciences. Les scientifiques ne sont a priori pas des philosophes et leur statut d'expert ne garantit pas qu'ils ont une vision clairvoyante des choix de société à effectuer. De la même façon, les philosophes des sciences ne sont a priori pas des scientifiques et leur statut de méta-analystes ne les rend pas compétents pour évaluer les résultats obtenus par les scientifiques. En clair, ces deux mondes ont besoin l'un de l'autre parce qu'ils ne se recoupent pas a priori (mais on trouve des philosophes parmi les scientifiques et inversement. Un exemple dans mon université : Jean-Marc Lévy-Leblond).

Dans l'idéal, si je devais choisir les invités à un débat portant sur une question scientifique, je réunirai sur le plateau : un ou deux scientifiques pour vulgariser, autant que possible, l'état de l'art dans le domaine, des philosophes pour réfléchir sur la façon d'intégrer ces nouveautés dans notre vie quotidienne, et toutes les personnes compétentes pour des questions plus pointues (des politiques, des économistes, etc.). Eh bien, je suis prêt à parier qu'en faisant cela, mon émission serait ennuyeuse à mourir. La chaîne m'interdirait de passer à l'antenne faute d'un audimat suffisant. Au lieu de cela, invitez un scientifique qui ne publie pas dans le domaine mais qui a la parole facile (quelqu'un comme C. A.), associez-le à deux militants et choisissez un invité issu du secteur privé, surtout s'il est financièrement intéressé, et vous obtiendrez à coup sûr une dispute et une émission réussie. C'est, à mon sens, le principal tort du traitement actuel des grandes questions actuelles en matière de climat, d'énergie, d'agroalimentaire, etc.

Alors, faut-il sauver le panda ? Pour ma part, je ferai une réponse de Normand : il faut changer radicalement de mode de vie, de consommation, et tout le reste suivra. Tant que cela ne sera pas fait, toutes nos préoccupations écolo-humanistes ne seront que des pis-aller, des rustines, des cache-misère, peu importe le nom qu'on leur donne. L'essentiel est beaucoup plus général que ça.

Cordialement,
Eddy

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 21:06
par DMX
Je rejoindrai globallement Baguette et Eddy.

J'aime bien comment à partir d'une simple question, on en arrive à discuter de plein de sujets sans rapport direct avec celle-ci. Preuve en est que ces questions (panda, biodiversité etc ...) dépassent de loin la sphère des Sciences.

Peu importe ce que l'on entend par "Science", la philosophie n'en est pas une science comme le serait les sciences pures. La philo utilise certes la démarche hypothético-déductive, mais la qualité du test utilisé pour évaluer les hypothèses est loin d'égaler ceux utiliser en sciences pures. Grosso modo on a 4 types de tests (de qualité décroissante) :
  • la démonstration (mathématique).
  • l'expérimentation (physique, chimie).
  • l'observation (biologie, géologie).
  • le raisonnement (« sciences humaines »).
(il peut y avoir des combinaisons des tests ... sauf en philo ^^).

On ne peut pas comparer la valeur d'une démonstration avec un raisonnement. Une démonstration (si elle est bien faite) est objective et reproductible à l'infinie (une équation donnera toujours le même résultat). Un raisonnement (aussi intelligent soit-il) est-il objectif ? Reproductible ? Personnellement je n'en suis pas convaincu.
Comparer les sciences pures avec la philo, c'est comme comparer un preuve ADN et le témoignage d'une personne avec 3g dans le sang qui aurait vu l'assassin ^^.

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 21:44
par Eddy
Rebonsoir,

Une petite remarque par rapport au dernier message. L'expérimentation est au cœur d'une bonne partie de la biologie contemporaine, exactement comme en physique ou en chimie. Les sciences expérimentales ne peuvent pas fournir de démonstration, car elles n'ont pas de cadre formel... alors elles expérimentent. Je ne m'aventurerai pas à dire que c'est une façon de procéder de qualité inférieure à la démonstration, pour deux raisons : la première, tout système formel suffisamment puissant produit des énoncés qui sont indécidables dans ce système formel. La deuxième, les êtres vivants (je suis biologiste, je ne connais pas assez la physique ou la chimie pour me prononcer) sont si complexes que l'expérimentation est la seule méthode applicable...

En fait, cette échelle de tests ne traduirait-elle pas plutôt la complexité des concepts manipulés (j'ai bien écrit complexité et non difficulté, les questions mathématiques actuelles sont affreusement difficiles...) ? Plus les concepts sont complexes, moins il est possible de répondre de façon définitive. ;)

Cordialement,
Eddy

Re: Faut-il renoncer à essayer de sauver le panda

Posté : 26 janv. 2012 22:13
par baguette
PierreM a écrit :A part le choix du terme on ne peut qu'être d'accord. Du moins si on suit Popper.

Voir aussi la partie discussion où on constate avec effarement que pour certains, "réfutable" signifie "non scientifique" en vertu du principe : démontré = scientique ==> non réfutable.

Amicalement

Pierre M.
C'est bien à cause de ce malheureux quiproquo de "réfutable" que je préfère "falsifiable", même si c'est un affreux 'franglicisme'.