Re: Le sexe du Naturaliste
Posté : 13 mars 2011 20:18
Salut à tous 
J'arrive un peu tard sur le sujet (trop de choses à faire, trop de forums... et en plus des recherches d'un nouveau job...).
C'est compliqué cette histoire de différence hommes/femmes.
J'ai grandi sans trop me poser la question, dans une famille où personne n'était choqué de voir les filles se passionner pour l'astronomie, aimer grimper au arbres, jouer au rugby ou jouer avec des voitures et des mécanos... C'était un peu dans l'air du temps: dans la cour de l'école, il y avait un bon nombre de filles qui jouaient au foot ou aux billes avec les garçons. Pour un tournoi de rugby inter-écoles, on s'était retrouvé avec une équipe majoritairement féminine...
La différence d'âge n'était pas trop non plus un problème: dans l'asso naturaliste de mon coin, j'allais en sortie nature avec des adultes, j'ai fait des stages de baguage avec des adultes... Je n'ai pas eu l'impression que la sex ratio était très déséquilibré: à peine plus d'hommes...
Puis le temps a passé doucement... études de sciences... en biologie, il y a pas mal de filles. Et dans notre association naturaliste, encore une majorité de filles. Je n'ai pas trop réalisé le doux glissement d'années en année. En DEA, lors d'une réunion du groupement de recherche auquel appartenait mon labo, on m'a fait remarquer que j'étais la seule femme à table... sur près d'une vingtaine de personnes! Rattrapée par l'insidieuse sélection qui favorise les hommes au cours des échelons... je n'avais pas remarquée que j'étais la seule femme (en fait, quand j'interagis avec d'autres personne sur des sujets qui m'intéressent, ce n'est pas du tout la première chose qui me saute aux yeux
).
Puis j'ai pu enseigner, et j'ai compris certaines choses: je me retrouvais avec des étudiantes pas sûres d'elles (et pas encouragées à l'être par la majorité des enseignants), particulièrement dans les domaines un peu techniques. Lors de TP de statistiques sur ordinateurs, les mecs avaient tendance à être sûrs d'eux, à bidouiller, à ne pas avoir peur de se tromper. Mes étudiantes hésitaient, s'imaginaient que c'était compliqué... mais souvent, avec quelques remarques positives et des encouragements, elles s'en sortaient aussi bien. Je pense que c'est déjà un des drames de l'éducation: on décourage dès le départ des personnes qui ne correspondent pas aux stéréotypes (et c'est probablement la même chose pour des orientations plus féminines quand on a affaire à des garçons).
Du coup, ça biaise un peu les choses au départ...
Ensuite, en ce qui concerne le forum du naturaliste: on a probablement la variable "temps"... malgré tous les progrès réalisés, les femmes continuent (en général) d'assurer plus de tâches ménagères, de plus s'occuper des enfants... et en plus beaucoup travaillent!
Les femmes auront aussi gardé cette peur des "machins techniques" (dès que ça ressemble à de la science), alors qu'elles ne prendront pas peur devant quelque chose d'aussi complexe, mais pas estampillé "technique" (il faudrait en parler aux chercheurs en psychologie sociale, mais on a testé déjà pas mal de fois ce genre de chose: on donne un exercice de maths à des garçons et des filles. On leur dit que c'est un test de maths (ou un test d'intelligence...). Résultats: les filles s'en sortent moins bien. On reprend le même exercice, on le donne à des filles et des garçons, mais on le présente comme un jeu: résultat, les performances sont identiques. Les psy parlent de "conformation au stéréotype".).
Régulièrement, je remarque les a priori dont sont victimes les femmes: personnes (femmes comprises) qui demandent prioritairement aux mecs une aide informatique (alors qu'il y a une femme plus calée dans la salle...), mecs qui se vexent à moitié quand on leur montre une erreur dans un domaine technique ou quand on leur donne des conseils, mec qui oublient qu'une femme est à côté et aimerait aussi participer quand ils partent dans des discussions "entre mecs".
Chez les naturalistes, on a les "machos poilus", qui se vantent de leurs affûts dans le froid, de leurs randonnées "exténuantes". J'ai vu certains spécimens qui trouveraient complètement incongru d'emmener une nénette dans leurs aventures... Il y a ceux qui roulent des mécaniques avec leur super matériel, etc...
Ce genre de chose peut décourager des vocations, surtout quand les mêmes mâles ne font que lorgner devant les nymphettes délicates (j'ose pas dire nunuches...). A ce propos, anecdote véridique: lors d'une sortie nature, je me suis comme ça retrouvée avec un très bon naturalise, une amie à moi, et puis une autre fille sur laquelle il avait des vues... je ne vous parle pas de son équipement "de terrain" (mais pour draguer, c'est clair que jean-chaussures de marche c'est moins sexy)... Nous voici sur un bord de mer, avec des débris rejetés par la mer. Il y avait un œuf de roussette dedans, qu'on repère. Notre guide explique que c'est probablement un œuf de roussette. Et là, la greluche s'est étonnée "un œuf de chauve-souris?" (elle était en école d'ingénieur agro... avec mon amie on s'est échangé un regard vraiment désolé). Mais cet épisode n'a point découragé les ardeurs du mâle (qui lui pardonnait certainement sa naïveté et sa bêtise grâce à d'autres atouts).
Il me semble clair qu'un mâle qui a besoin de se sentir un peu valorisé dans sa virilité peut être mis mal à l'aise par une fille qui n'a pas peur de ramper dans la boue pour chercher des chauves-souris, qui se précipite vers les cadavres pour "récupérer le crâne" ou admirer les superbes coléoptères nécrophages, qui ramasse les pelotes de réjection, qui, encore pire, va réparer l'ordinateur, sait où est le relai du démarreur de la voiture et réparer la tuyauterie de l'évier...
Une chose qui m'étonne actuellement: j'ai l'impression qu'on a un gros retour en arrière depuis les années 70 par rapport à certains aspects. Il me semble que l'habillement, les activités, les jeux sont bien plus séparés entre les sexes que pendant ma jeunesse. Les jeunes me semblent aussi nettement plus focalisés sur certains aspects de la séduction intersexe, et beaucoup plus tôt (avec une importance des apparences énorme).
Bises à tous,
K
PS: chez nous, c'est surtout mon copain qui cuisine, et il est plus attentif que moi au ménage et à l'ordre
J'arrive un peu tard sur le sujet (trop de choses à faire, trop de forums... et en plus des recherches d'un nouveau job...).
C'est compliqué cette histoire de différence hommes/femmes.
J'ai grandi sans trop me poser la question, dans une famille où personne n'était choqué de voir les filles se passionner pour l'astronomie, aimer grimper au arbres, jouer au rugby ou jouer avec des voitures et des mécanos... C'était un peu dans l'air du temps: dans la cour de l'école, il y avait un bon nombre de filles qui jouaient au foot ou aux billes avec les garçons. Pour un tournoi de rugby inter-écoles, on s'était retrouvé avec une équipe majoritairement féminine...
La différence d'âge n'était pas trop non plus un problème: dans l'asso naturaliste de mon coin, j'allais en sortie nature avec des adultes, j'ai fait des stages de baguage avec des adultes... Je n'ai pas eu l'impression que la sex ratio était très déséquilibré: à peine plus d'hommes...
Puis le temps a passé doucement... études de sciences... en biologie, il y a pas mal de filles. Et dans notre association naturaliste, encore une majorité de filles. Je n'ai pas trop réalisé le doux glissement d'années en année. En DEA, lors d'une réunion du groupement de recherche auquel appartenait mon labo, on m'a fait remarquer que j'étais la seule femme à table... sur près d'une vingtaine de personnes! Rattrapée par l'insidieuse sélection qui favorise les hommes au cours des échelons... je n'avais pas remarquée que j'étais la seule femme (en fait, quand j'interagis avec d'autres personne sur des sujets qui m'intéressent, ce n'est pas du tout la première chose qui me saute aux yeux
Puis j'ai pu enseigner, et j'ai compris certaines choses: je me retrouvais avec des étudiantes pas sûres d'elles (et pas encouragées à l'être par la majorité des enseignants), particulièrement dans les domaines un peu techniques. Lors de TP de statistiques sur ordinateurs, les mecs avaient tendance à être sûrs d'eux, à bidouiller, à ne pas avoir peur de se tromper. Mes étudiantes hésitaient, s'imaginaient que c'était compliqué... mais souvent, avec quelques remarques positives et des encouragements, elles s'en sortaient aussi bien. Je pense que c'est déjà un des drames de l'éducation: on décourage dès le départ des personnes qui ne correspondent pas aux stéréotypes (et c'est probablement la même chose pour des orientations plus féminines quand on a affaire à des garçons).
Du coup, ça biaise un peu les choses au départ...
Ensuite, en ce qui concerne le forum du naturaliste: on a probablement la variable "temps"... malgré tous les progrès réalisés, les femmes continuent (en général) d'assurer plus de tâches ménagères, de plus s'occuper des enfants... et en plus beaucoup travaillent!
Les femmes auront aussi gardé cette peur des "machins techniques" (dès que ça ressemble à de la science), alors qu'elles ne prendront pas peur devant quelque chose d'aussi complexe, mais pas estampillé "technique" (il faudrait en parler aux chercheurs en psychologie sociale, mais on a testé déjà pas mal de fois ce genre de chose: on donne un exercice de maths à des garçons et des filles. On leur dit que c'est un test de maths (ou un test d'intelligence...). Résultats: les filles s'en sortent moins bien. On reprend le même exercice, on le donne à des filles et des garçons, mais on le présente comme un jeu: résultat, les performances sont identiques. Les psy parlent de "conformation au stéréotype".).
Régulièrement, je remarque les a priori dont sont victimes les femmes: personnes (femmes comprises) qui demandent prioritairement aux mecs une aide informatique (alors qu'il y a une femme plus calée dans la salle...), mecs qui se vexent à moitié quand on leur montre une erreur dans un domaine technique ou quand on leur donne des conseils, mec qui oublient qu'une femme est à côté et aimerait aussi participer quand ils partent dans des discussions "entre mecs".
Chez les naturalistes, on a les "machos poilus", qui se vantent de leurs affûts dans le froid, de leurs randonnées "exténuantes". J'ai vu certains spécimens qui trouveraient complètement incongru d'emmener une nénette dans leurs aventures... Il y a ceux qui roulent des mécaniques avec leur super matériel, etc...
Ce genre de chose peut décourager des vocations, surtout quand les mêmes mâles ne font que lorgner devant les nymphettes délicates (j'ose pas dire nunuches...). A ce propos, anecdote véridique: lors d'une sortie nature, je me suis comme ça retrouvée avec un très bon naturalise, une amie à moi, et puis une autre fille sur laquelle il avait des vues... je ne vous parle pas de son équipement "de terrain" (mais pour draguer, c'est clair que jean-chaussures de marche c'est moins sexy)... Nous voici sur un bord de mer, avec des débris rejetés par la mer. Il y avait un œuf de roussette dedans, qu'on repère. Notre guide explique que c'est probablement un œuf de roussette. Et là, la greluche s'est étonnée "un œuf de chauve-souris?" (elle était en école d'ingénieur agro... avec mon amie on s'est échangé un regard vraiment désolé). Mais cet épisode n'a point découragé les ardeurs du mâle (qui lui pardonnait certainement sa naïveté et sa bêtise grâce à d'autres atouts).
Il me semble clair qu'un mâle qui a besoin de se sentir un peu valorisé dans sa virilité peut être mis mal à l'aise par une fille qui n'a pas peur de ramper dans la boue pour chercher des chauves-souris, qui se précipite vers les cadavres pour "récupérer le crâne" ou admirer les superbes coléoptères nécrophages, qui ramasse les pelotes de réjection, qui, encore pire, va réparer l'ordinateur, sait où est le relai du démarreur de la voiture et réparer la tuyauterie de l'évier...
Une chose qui m'étonne actuellement: j'ai l'impression qu'on a un gros retour en arrière depuis les années 70 par rapport à certains aspects. Il me semble que l'habillement, les activités, les jeux sont bien plus séparés entre les sexes que pendant ma jeunesse. Les jeunes me semblent aussi nettement plus focalisés sur certains aspects de la séduction intersexe, et beaucoup plus tôt (avec une importance des apparences énorme).
Bises à tous,
K
PS: chez nous, c'est surtout mon copain qui cuisine, et il est plus attentif que moi au ménage et à l'ordre