Page 1 sur 1

Diprion pini (LINNAEUS, 1758)

MessagePosté: 09 Sep 2019 15:58
de YVES50
Bonjour,

Depuis plusieurs années, à la belle saison, notre petit pin (peut-être P.mugho ou l’un des nombreux cultivars de pin sylvestre :grat: ) est infesté par des amas populeux de fausses chenilles* qui en dévorent goulument les aiguilles.
* elles ont jusqu’à 8 paires de fausses pattes abdominales alors qu’il n’y en a jamais plus de 5 chez les chenilles des papillons.
Pinus sp.jpg
Exif et Meta MicroCartouche Pinus sp.jpg (248.76 Kio) Vu 305 fois


Il s’agit des larves de Diprion pini (LINNAEUS, 1758), un hyménoptère du groupe des symphytes ou tenthrèdes, famille des Diprionidae (évidemment :mrgreen: ). Ces guêpes, qui n’en sont pas vraiment, possèdent un abdomen prolongeant directement le thorax sans étranglement particulier entre les deux. Contrairement aux autres hyménoptères, les tenthrèdes n’ont donc pas une « taille de guêpe »
Je n'ai jamais observé les imagos au printemps. Discrets et pourtant assez gros ( jusqu'à 10 mm pour les femelles)
larves et imago.jpg
Exif et Meta MicroCartouche larves et imago.jpg (232.07 Kio) Vu 303 fois

P1020319 - Copie.JPG
Exif et Meta MicroCartouche P1020319 - Copie.JPG (182.12 Kio) Vu 304 fois

Diprion pini est inféodé aux conifères, on s’en serait un peu douté. Les larves rongent les aiguilles.
Lucien BERLAND précise que les larves de cette espèce vivent sur divers conifères, surtout les pins mais aussi les épicéas « elles causent de grands dégâts dans les plantations et constituent un véritable fléau certaines années, dépouillant complètement les arbres, comme si l’incendie y était passé »
P1020312 - Copie.JPG
Exif et Meta MicroCartouche P1020312 - Copie.JPG (161.91 Kio) Vu 304 fois

Bon, quand même , pas encore besoin des pompiers... 8-)

Et il ajoute « comme toujours ou presque, dans le cas d’insectes abondants et nuisibles, une immense quantité de parasites, hyménoptères (plus de 60 espèces) et diptères s’attaquent aux larves de Diprion et en réduisent l’invasion en quelque temps »

Ce constat optimiste date des années 60. Il ne semble plus guère d’actualité à présent. Les prédateurs ont été décimés par l’agrochimie et la raréfaction des habitats propres au développement des prédateurs auxiliaires.

... et la suite ci-dessous...

Re: Diprion pini (LINNAEUS, 1758)

MessagePosté: 09 Sep 2019 16:12
de YVES50
Voilà, voilà avec une vue à la bino, sur un support quelconque :
larve st5 profil - Copie.JPG
Exif et Meta MicroCartouche larve st5 profil - Copie.JPG (179.26 Kio) Vu 304 fois

en blanc, les pattes thoraciques noires :) (bien entendu) et en rouge les fausses pattes abdominales.

Les larves fabriquent des cocons pour leur nymphose :
cocons.jpg
Exif et Meta MicroCartouche cocons.jpg (214.92 Kio) Vu 305 fois

Ces images montrent le cocon, sorte d’urne brunâtre, avec un dessin de Germaine BOCA, paru dans l’atlas des hyménoptères de BERLAND. Préparatrice au Muséum, Germaine BOCA s’est distinguée dans l’illustration entomologique.
L’une de ces urnes était occupée par un perce-oreille … Un prédateur peut-être ou, plus simplement, l’insecte avait-il élu domicile dans ce gite providentiel ?


Nomenclature et étymologies
(pour les amateurs)
Le basionyme de cet animal est Tenthredo pini, LINNAEUS ,1758. Il s’agit donc à l’origine d’une « grande espèce linnéenne ». Dans son « Systema Naturae », LINNE s’était inspiré de l’Histoire des Animaux d’ARISTOTE : celui-ci nommait τενθρηδων , tenthredon en graphies latines, une sorte de guêpe faisant son nid dans la terre. Ces animaux étaient donc connus depuis l’antiquité grecque et certains tenthrèdes nymphosent bien dans le sol.

Quand Franz von PAULA SCHRANK décrivit en 1802 le genre Diprion, dans ses Fauna Boica pour la Bavière, il faisait sans doute allusion aux antennes des mâles. En grec πριων, soit prion, signifie une scie, comme les antennes de l’imago longuement dentées. Comme il y a deux antennes, le tour est joué !

La guêpe se nomme donc jusqu'à présent* Diprion pini (LINNAEUS, 1758), les parenthèses indiquent qu’un nouvel auteur a décrit, postérieurement à LINNE, un nouveau genre pour l’espèce.
* mais cela pourrait très bien changer s'il y avait révision du genre et q'un quidam décidait d'en rajouter :mrgreen:



Pour ceux qui veulent en savoir plus :
http://ephytia.inra.fr/fr/C/19308/Forets-Lophyre-du-pin

Quelques sources
Lucien BERLAND - Atlas des Hyménoptères de France Tome 1 - SNE Boubée, 1976
Lucien Berland - Hyménoptères Tenthredoïdes – Faune de France 47, 1947
Renaud PAULIAN - Atlas des larves d’insectes - Boubée, 1963
Jacques D’AGUILAR - Histoire de l’entomologie – Delachaux & Niestlé, 2006


Re: Diprion pini (LINNAEUS, 1758)

MessagePosté: 09 Sep 2019 16:31
de 6le20
Bravo Yves, excellent reportage bien documenté comme d'habitude. :D

On en ressort plus savant et je porterai attention aux pins qui abondent par chez moi (Pins d'Alep). Mais je n'y ai jamais vu ces fausses chenilles.

Re: Diprion pini (LINNAEUS, 1758)

MessagePosté: 10 Sep 2019 14:48
de Daniel
Bonjour et bravo pour ce reportage très développé qui mériterait d'être placé en collections.

Je vais comme Sylvain regarder plus attentivement les pins!!!

Re: Diprion pini (LINNAEUS, 1758)

MessagePosté: 10 Sep 2019 17:41
de YVES50
Bonsoir,
Apparemment donc, pins sylvestres et pins noirs... peut-être quelque épicéa itou

Merci pour vos commentaires. J'aime bien rédiger ces mini-sujets. Une sorte de gymnastique, ça fait du bien :D