Les médias et la science (conférence)

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Les médias et la science (conférence)

Messagede Christian » 07 Aoû 2012 02:48

Les médias et la science : Enjeu démocratique, enjeu de puissance (2011)


Bonjour à tous,
Si le sujet vous intéresse et que vous êtes un peu courageux ... les conférences c'est un peu soporifique si on ne croche pas, en vidéo c'est pas mieux ... voici une série (10 vidéos) sur la place de la science dans les médias, son traitement, ses tares, l'avenir, etc ...
Il faut être curieux et l'écoute en vaut la chandelle ! ;)

> http://webcast.in2p3.fr/videos-la_place ... s-becherel
Bien amicalement, Christian
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Re: Les médias et la science (conférence)

Messagede Eddy » 07 Aoû 2012 20:21

Bonjour Christian, le forum,

Un grand merci pour le partage. J'ai écouté les interventions de Sophie Bécherel, Philippe Rousseau et Stéphane Foucart, dont voici un résumé rapide (et commenté) pour ceux qui n'auraient pas encore tout écouté. Je plussoie : c'est assez court et très intéressant !

Sophie BÉCHEREL s'exprime sur la « nébuleuse des journalistes scientifiques » en France, sur le travail d'un journaliste scientifique et sur sa formation dans les écoles de journalisme. Elle évoque la diminution, depuis quelques années, du nombre de journalistes titulaires, et donc par ricochet celle des journalistes scientifiques, dont les effectifs ont largement baissé depuis quelques années dans les journaux, les agences de presse, etc.

Elle évoque ensuite le travail du journaliste scientifique, et notamment les difficultés que pose l'absence, dans presque tous les journaux, de ligne éditoriale clairement définie en matière de science (quel public viser ? quelles idées présenter ?). Le journaliste scientifique apparaît donc souvent comme un « électron libre ». Sa marge de manœuvre est certes supérieure à celle de ses collègues, mais sa responsabilité est énorme ! Sophie Bécherel rappelle qu'il existe environ 16 000 revues scientifiques qui publient environ 1 million d'articles par an, ce qui constitue une masse d'information colossale.

La journaliste évoque enfin la formation des journalistes scientifiques, qui sont issus soit du journalisme classique (ils ont alors rejoint la rubrique science par goût), soit d'un cursus scientifique complété doublé d'une formation en journalisme (ce sont alors souvent des scientifiques pour qui la transmission de l'information prime sur l'activité de recherche).
Actuellement, en raison des faibles perspectives d'emplois, les écoles privilégient les formations journalistiques classiques, auxquelles s'ajoute une formation scientifique.



Philippe ROUSSEAU travaille pour le quotidien de proximité La Montagne. Il insiste sur le caractère local de son journal, et le besoin de publier des articles accessibles à tous (je note, avec un clin d'œil, une phrase qui m'évoque Vialatte : « plus d'un Auvergnat sur deux lit la Montagne »). Il témoigne de deux success stories de son journal en rapport avec la science :

La rubrique hebdomadaire « Têtes chercheuses », en page 3 du journal, est rédigée en collaboration avec des chercheurs locaux. Elle a permis notamment de concilier science et société, avec des sujets tels que la microbiologie des fromages d'Auvergne, les émanations des bovins et la couche d'ozone. Cette rubrique suscite l'intérêt des lecteurs en raison du lien avec leur quotidien. Il évoque sans trop le développer le problème des contraintes de format (2000-3500 signes pour un article) qui, implicitement, suggèrent la nécessité de faire des raccourcis parfois osés.

Second exemple, le partenariat avec le parc d'attractions Vulcania, considéré initialement comme trop scientifique et assez peu accessible aux enfants. Le dimanche, La Montagne publie une page réalisée par le comité scientifique de Vulcania en collaboration avec le journal. En 2011, elle a permis de vulgariser la notion de tsunami. Cette page est un succès : les lecteurs conseil du journal ont attribué la meilleure note aux pages de Vulcania
. Cet exemple démontre qu'il existe des moyens ludiques d'amener le lectorat à s'intéresser à la science, tout en respectant la ligne éditoriale du journal (proximité, vie quotidienne).



Stéphane FOUCART est diplômé de l'école supérieure du journalisme de Lille. Ce journaliste scientifique travaille pour le journal Le Monde . Il est l'auteur d'un livre consacré au changement climatique (Le Populisme climatique : Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, Éditions Denoël). Il assure les rubriques dédiées à la biologie et, depuis quelques années, aux sciences de l'environnement et notamment au changement climatique.

Le journalisme scientifique : un journalisme singulier
Stéphane Foucart affirme qu'il existe bel et bien un journalisme scientifique qui relève de pratiques professionnelles distinctes des journalistes traditionnels. En effet, la matière première du journaliste scientifique est constituée de travaux publiés dans des revues à comité de lecture, donc déjà soumis à expertise. Il ne s'agit pas à proprement parler d'apporter un témoignage à la manière des reporters, car un journaliste scientifique n'en a pas les compétences. Ce distinguo est important pour bien comprendre la nature particulière de cette profession.

Vulgarisateur... mais pas seulement !
Stéphane Foucart insiste sur le fait que le travail d'un journaliste scientifique ne se borne pas à celui d'un vulgarisateur (c'est selon moi la partie la plus intéressante de la conférence). En fait, un journaliste scientifique passe certes du temps à vulgariser, mais il doit aussi faire preuve de sens critique et s'efforcer de tenir compte de l'état d'esprit de la communauté scientifique. Il nous donne un exemple : lorsqu'un communiqué de presse d'un grand chercheur affirme que le réchauffement climatique observé depuis 50 ans est dû à l'activité du soleil, « preuves à l'appui », publiées dans une revue prestigieuse, Stéphane Foucart estime qu'un bon journaliste scientifique ne fera pas bien son travail s'il se borne à expliquer le travail de ce chercheur au grand public. Il doit certes le faire, mais ce n'est pas tout. Il doit également rappeler qu'il n'y a plus vraiment de débat à l'heure actuelle sur ce sujet au sein de la communauté des spécialistes, pour lesquels l'influence du soleil fait partie intégrante des nombreuses sources du réchauffement climatique actuel, sans en être la seule et sans expliquer les variations actuellement observées. En clair, le plus grand défi qui se pose au journaliste scientifique est, selon lui, d'adopter une démarche critique qui nécessite du recul. Il cite un autre exemple : le débat sur la nocivité de l'amiante dans les annés 1990. Si la question est réglée pour les épidémiologistes depuis les années 1960-1970, l'illusion d'un débat encore bien vivant a été maintenue jusqu'en 1990. En clair, se pose la question de l'instrumentalisation des journalistes scientifiques, qui peut être menée par de grandes entreprises, des lobbys, mais aussi par des ONG (Stéphane Foucart cite le cas des OGM et de la santé humaine). Il évoque à cette occasion, mais sans le nommer, les manipulations de M. Séralini dont les « acrobaties statistiques », aujourd'hui démontées, sont proverbiales.
Un journaliste à la croisée de la science et de l'idéologie

Plus généralement, à mesure que la science produit des résultats déterminants pour les politiques publiques et les choix des individus (en matière d'alimentation, de santé, etc.), celle-ci possède un impact idéologique fort qui crée des tensions dont il faut se méfier. Ainsi, de plus en plus de faux débats apparaissent et sont montés en sauce, notamment via Internet l'information, même ancienne, rejetée ou réévaluée, continue de circuler à une vitesse folle comme si elle était toujours d'actualité. Ceci entraîne que le journaliste scientifique doit redoubler de prudence et faire preuve d'un niveau de vigilance accru. Son travail apparaît donc comme plus compliqué et périlleux qu'il n'y paraît.

Les effets pervers de la production des connaissances scientifiques
Stéphane Foucart évoque ensuite les modifications importantes subies par le processus de production des connaissances scientifiques depuis quelques années. Il parle notamment de l'évaluation des chercheurs sur la base de critères bibliométriques quantitatifs (nombre d'articles publiés, nombre de citations par article publié, impact factor des revues)., et de la course des jeunes chercheurs pour avoir un dossier épais et réussir leur concours d'entrée dans un grand organisme (arf, bientôt mon cas, je crois...). Ceci entraîne des conséquences perverses, notamment le fait que la science contemporaine devient beaucoup moins intelligible en raison de la tendance généralisée à fractionner un travail formant un tout en plusieurs publications, dans le seul but de faire nombre (un procédé appelé par nos amis anglo-saxons le salami slicing). Ceci entraîne un risque accru d'erreurs. Stéphane Foucart évoque les résultats de Thomson Reuters concernant le nombre d'articles retirés pour cause d'erreurs. En médecine, 87 articles ont été retirés entre 2001 et 2005, contre 436 entre 2006 et 2010. Sur les deux mêmes périodes, la biologie passe de 69 à 277 articles, la chimie de 5 à 147, etc.

L'expertise par les pairs et la fraude
Même publié dans une revue prestigieuse telle que Science ou Nature, même relue et approuvée par les pairs, une publication n'est acceptée que lorsque la communauté parvient à intégrer ses résultats dans l'ensemble des connaissances du domaine, ce qui peut prendre des années et favorise les cas de fraudes. Stéphane Foucart évoque l'article sur le virus XMRV (Xenotropic murine leukemia virus-related virus), supposé à l'origine du syndrome de fatigue chronique. Judy Mikovits, qui a encadré les travaux (dernier auteur dans la liste des co-auteurs de la publication), est aujourd'hui en prison. Cette personne recevait des fonds d'une association de malades souffrant de fatigue chronique et souhaitant trouver une cause médicale à leur mal.

Cette conférence invite à la lecture d'un ouvrage fort intéressant qui explore des questions très proches : Les marchants de doute, de Naomi Oreskes et Erik M. Conway. En complément, et pour avoir la dénonciation de l'abus inverse (le catastrophisme), on lira et relira l'excellent libre de Jean de Kervasdoué : Les prêcheurs de l'Apocalypse.

Bonne écoute à tous !

Cordialement,
Eddy
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